
Il peut, dans l'immédiat, sans risque politique majeure, engager les réformes profondes remises à chaque fois aux calendes grecques, comme celle de l'administration publique mais aussi les mesures d'assainissement budgétaire et de lutte contre la corruption généralisée. Dès sa prise de fonction, le nouveau président est confronté à la grève illimitée des enseignants du secondaire et de l'Université qui risque de compromettre la tenue des examens de fin d'année notamment le Baccalauréat.
Une grève déclenchée après la décision du gouvernement de reculer sur la revalorisation de la grille indiciaire des enseignants en raison de l'explosion de la masse salariale qu'elle a engendré. La gestion de cette grève est le premier test de sa gouvernance.
Il doit trouver le juste équilibre, entre ne pas maintenir les enseignants dans la précarité, tout en cadrant l'incidence budgétaire de la revalorisation dans les limites supportables du budget et selon les paramètres fixées de commun accord avec le Fmi. Ikililou, sait que l'opposition, nationale (du moins ce qu'il en reste) et la société civile, veilleront, à lui trouver des impairs, notamment dans la gestion des investissements privés étrangers, mais aussi sur ses promesses de combattre la corruption et stopper l'hémorragie financière.
Pour avoir été ministre des Finances, Ikililou sait, mieux que quiconque, combien il est important de respecter le chronogramme des mesures de redressement arrêtés par le programme conclu avec le fonds, l'objectif de l'effacement de la dette extérieure qui avoisine les 200 millions de dollars permettra d'accéder, après quitus du Fmi, au guichet des crédits des institutions financières en vue de financer l'économie et de réaffecter les fonds servant à payer la dette dans les secteurs qui ont grandement besoin, notamment les secteurs sociaux, la santé et l'éducation. Parmi les secteurs visés par le premier discours du président, la réforme administrative.
Le président, a déjà inspiré la mise en place d'un comité qui va évaluer les effectifs de la fonction publique de l'Union et des îles autonomes, pour engager les reformes en réduisant les effectifs pléthoriques, et en renforçant les capacités de l'administration. Mais l'une des réformes les plus en vues, reste la privatisation des entreprises publiques, comme les hydrocarbures et les télécoms.
Le président ne trouvera ses marques personnelles, que s'il parvient à liquider les dossiers, restés flous, notamment sur la question de la citoyenneté économique. Il s'agit ici, d'expliquer comment elles ont été octroyées, et combien avons nous bénéficié pour quels investissement réalisés ou prévus. Le président a aussi le devoir de boucler le dossier Vocalapad, fortement contestés, mais aussi expliquer et convaincre que les sommes mirifiques promises, chiffrées en milliards de dollars ne sont que des mirages.
Le président Ikililou, bénéficie de la disponibilité financière de la conférence de Doha sur les Comores qui aligne près de 700 millions d'euros pour les domaines de la pêche, de l'agriculture, du tourisme et des infrastructures. Il doit démonter sa capacité à combattre la corruption, à assurer l'indépendance de la justice, et à sécuriser les investissements extérieurs pour concrétiser les engagements financiers des partenaires et pays amis.
Le pays s'ouvre au monde. Il trouvera en face une concurrence acharnée que mènent les pays pour attirer les investisseurs. Le président doit imaginer de mesures intelligentes pour renforcer les capacités des petites entreprises, dans l'unique but d'améliorer la compétitivité et permettre au pays d'accélérer leur développement et leur intégration à la mondialisation.
Il s'agit d'améliorer le cadre d'accueil de l'investissement étranger direct (IED), en adoptant de règles destinées à faciliter au maximum la création de petites et moyennes entreprises locales performantes. Dans le dossier politique, le nouveau président doit trouver un terrain d'entente pour mettre fin au conflit territorial qui oppose les Comores à la France sur l'île de Mayotte.
Dans l'immédiat, il veillera à trouver un compromis pour sauter le verrou du visa Balladur, mettre fin aux drames humanitaires des naufrages en mer, faciliter la circulation des biens et des personnes entre les îles de l'Archipel. Un processus qui devra conduire au respect des résolutions de l'Onu et à la réintégration de l'île dans son giron naturel.
La présidentielle tournante entre les îles a l'avantage d'empêcher le président élu de s'éterniser au pouvoir et de mettre fin aux dictatures, même si l'autonomie accordée aux îles et les institutions insulaires mis en place, ont engendré des conflits de compétences qui enveniment les relations entre l'administration centrale et les îles et alourdissent un budget maigre de l'Etat qui ne dépasse guère les 70 millions d'euros.
Des réformes sont encore nécessaires pour harmoniser les objectifs de la réforme constitutionnelle. On ne peut réduire les pouvoirs des gouverneurs des îles, tout en maintenant l'autonomie large et le suffrage universel à leur niveau. C'est sur ces choix et sur d'autres encore que le nouveau président imprimera ses marques.
Ahmed Ali Amir
Publié le 31 mai 2011
Par Al-Watwan











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