“Albalad” : le premier quotidien publié à Mayotte50 salariés, 24 pages en quadrichromie, tiré à 5.000 exemplaires, distribué à 95% gratuitement, paraissant tous les jours, “Albalad” a fait son entrée dans le paysage médiatique de Mayotte le 19 juillet 2010. Le journal appartient au Groupe Al Waseet International (AWI) dirigé par l'homme d'affaires franco-syrien Bashar Kiwan, par ailleurs directeur général de Comoro Gulf Holding (CGH) qui, entre autres activités économiques, publie, dans l'Union des Comores, “Albalad Comores”. Les deux entités ont quasiment les mêmes actionnaires, des personnalités principalement issues des pays du Golfe. Dans un rapport confidentiel que s'est procuré Imaz Press Réunion, le Service départemental d'informations générales (SDIG — ex–renseignements généraux) de Mayotte réagit. Enquête.
Le premier quotidien publié à Mayotte est imprimé à 5.000 exemplaires, et est réalisé par une équipe de 50 personnes.
“Albalad” (Le Pays en arabe) paraît à Mayotte depuis le19 juillet 2010. Il s'agit du premier quotidien à s'implanter dans l'île. Sa pagination est de 24 pages en quadrichromie. Annonçant un tirage à 5.000 exemplaires, il est en principe vendu à 1 euro, mais « 95% des journaux sont distribués gratuitement », reconnaît la Direction du journal. Le journal est écrit et fabriqué par une cinquantaine de professionnels.
Il appartient à la branche France du Groupe Al Waseet International (AWI) dirigé par l'homme d'affaires franco-syrien Bashar Kiwan. Lequel est également directeur général de Comoros Gulf Holding (CGH), une entité économique solidement installée aux Comores. Le journal “Albalad”, édition comorienne, pour le moins bienveillant à l'égard du pouvoir en place, est distribué gratuitement dans l'archipel.
Les ex-renseignements généraux accusent...
C'est sans doute ce qui a attiré l'attention du Service départemental d'informations générales (SDIG — ex–renseignements généraux) de Mayotte. Dans un rapport confidentiel daté du 12 mai 2010 et en possession d'Imaz Press Réunion, il estime que « la vigilance doit rester de rigueur, concernant un groupe à capitaux, sinon douteux, du moins de provenance incertaine ou de pays musulmans dont les motivations exactes restent à comprendre ». Richard Vincent, directeur de la publication d'“Albalad Mayotte” et responsable de projet pour Al Waseet International, réfute toute activité plus ou moins trouble. Il explique, en substance, que l'implantation du quotidien dans l'île aux parfums trouve son origine dans celle d'“Albalad Comores” publié dans l'archipel depuis près de deux ans. Comme « AWI souhaitait se développer en France, c'est tout naturellement que nous nous sommes tournés vers Mayotte. Non seulement pour son appartenance à la France, mais aussi pour son profond lien avec les îles voisines des Comores », commente-t-il. Il poursuit : « Le format quotidien n'existait pas jusqu'alors à Mayotte. Nous voulions proposer un nouveau produit aux Mahorais ».
Un accueil favorable du Conseil général mahorais
Les premiers contacts entre le monde économique mahorais, en l'occurrence la Chambre de commerce de Mayotte, et le groupe fondé par Bashar Kiwan ont lieu en novembre 2009. En janvier 2010, deux représentants de AWI, Richard Vincent, et Maher Nasser, un autre cadre du groupe, « multiplient les rendez-vous avec des responsables économiques afin de discuter de diverses pistes d'implantation dans les secteurs de la banque, de la presse et de la pêche », écrit le SDIG dans son rapport confidentiel remis à la Préfecture de Mayotte. À noter que, volontairement ou pas, l'auteur de la note administrative parle du Groupe CGH et non pas de AWI. Sans doute parce que les deux entités sont dirigées par Bashar Kiwan et qu'elles ont quasiment les mêmes actionnaires. Les prises de contact d'AWI débouchent sur la signature d'un bail de location de bureau à l'étage de l'immeuble Mega à Kawéni, un quartier de Mamoudzou, le chef-lieu de Mayotte. AWI poursuit ses rencontres avec le monde économique, politique et administratif de Mayotte. Le 7 mai 2010, Richard Vincent présente à Michel Taillefer, président du MEDEF mahorais, les projets immédiats et concrets de son Groupe. A savoir « la diffusion d'un journal gratuit, la parution d'une version mahoraise du journal “Albalad”, un magazine genre “people”, un hôtel à destination des cadres de passage et la mise en place d'une filière pêche », écrit le SDIG dans son rapport. Il ajoute : « de son côté, la Direction du développement du Conseil général a contacté des entreprises locales afin de les sensibiliser de manière favorable de la venue à Mayotte » du Groupe.
« La rentabilité d'ici quelques années »
L'implantation de AWI à Mayotte se concrétise le 19 juillet 2010, avec la parution du premier numéro d'“Albalad”. Comme l'édition comorienne, le quotidien propose 24 pages d'informations (actualité locale, nationale, internationale, sport, dossiers...), plusieurs rubriques et des pages en quadrichromie. D'abord distribué gratuitement, il est désormais vendu en kiosque à 1 euro. La distribution demeure pourtant gratuite pour les entreprises et les administrations. « Nous voulons que la clientèle s'approprie le journal », affirme Richard Vincent. « À l'heure actuelle, 95% de nos journaux sont distribués gratuitement. Mais dans les prochaines semaines, le journal sera vendu à 1 euro pour tous », explique le directeur de publication. « Nous espérons parvenir à la rentabilité d'ici quelques années », ajoute-t-il. La société de presse propose deux autres revues : un hebdomadaire d'annonces gratuites (Waseet) et un mensuel "people" (Layalina) imprimé sur papier glacé et vendu à 5 euros. Une gageure dans une île où il n'existe pas de tradition pour l'achat d'une presse quotidienne (les journaux locaux sont hebdomadaires) et où le pouvoir d'achat des lecteurs potentiels ne leur permet pas forcément de "dépenser" 1, voire 5 euros pour acheter un journal. À cela s'ajoute le coût de fabrication des publications. « Tirer à 5.000 exemplaires, un journal de cette qualité a un coût important à Mayotte », explique un journaliste mahorais anonyme. Selon ce même journaliste, « la Direction d'“Albalad” ne fait même pas payer ces publicités ». « C'est faux », répond Richard Vincent. « Les annonceurs payent leurs espaces publicitaires. Les recettes commencent même à être extrêmement significatives », se réjouit le directeur de la publication.
"Albalad" ouvert à toute vérification
Ce modèle économique intrigue les policiers de la France. « L'installation effective du Groupe CGH (l'auteur de la note associe toujours CGH à AWI - NDLR) à Mayotte n'est pas sans laisser interrogatif, même si les financements apparaissent réels, tant sur la provenance des fonds (...) que sur les conséquences de la main mise de capitaux "arabes", donc islamiques, dans une île déjà à 95% musulmane où la venue de "prédicateurs" avertis pourrait être un facteur de déstabilisation », note très crûment le rapport. « Les enquêteurs peuvent venir vérifier nos comptes s'ils le veulent », rétorque Richard Vincent. « Je ne vois pas ce qu'il y a de douteux dans un virement interne effectué par AWI France, par le biais d'une banque située à Paris, la HSBC, sur le compte BFCOI de AWI installé à Mayotte. Nous n'arrivons pas sur l'île avec des valises pleines d'argent », lâche le directeur d'“Albalad”. Il précise que le groupe de presse est présent dans 17 pays et 50 villes dans le monde. Il emploie 5.000 salariés.
Imaz Press Réunion (www.ipreunion.com)
Jeudi 2 septembre 2010











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